Quel impact sur notre santé ?

Publié le 11/03/2016

Le 15 mars prochain, passera en seconde lecture à l’Assemblée Nationale la loi Biodiversité, visant notamment la restriction des néonicotinoïdes (représentant 40% des ventes d’insecticides en France).

Une première bataille fut gagnée cette semaine : les députés de la commission développement durable s’accordant sur une entrée en vigueur de l’interdiction des néonicotinoïdes dès le 1er janvier 2017.


Car une nouvelle étude de l'INRA confirme la toxicité des néonicotinoïdes

Publiée en novembre dernier, l'étude de l'INRA confirme que cette famille de pesticides altère le sens de l'orientation des abeilles en les empêchant de retrouver le chemin de la ruche.
Mais fait nouveau : lorsqu'elles sont situées à proximité de parcelles traitées, il est désormais prouvé que les abeilles, dont l'espérance de vie s'écroule subitement, privilégient alors le renouvellement des ouvrières pour faire face à cet écueil. Les butineuses anticipent donc les effets dévastateurs des pesticides et tentent de lutter par leurs propres moyens. Et si nous les aidions ? Pour elles, mais aussi pour nous.



L’équilibre alimentaire mondial bouleversé

Car cela n’est plus à démontrer, la disparition des abeilles remettrait en cause un marché de plus de 153 milliards d’euros (soit presque 10% de la valeur de la production agricole mondiale) et amputerait un tiers de nos assiettes. Sans pollinisateurs, plus de pollinisation ! Et nos enfants n’entendraient plus les lancinants “mangez 5 fruits et légumes par jour”.

"Les équilibres alimentaires mondiaux seraient profondément modifiés (...) en cas de disparition totale des pollinisateurs : la production mondiale ne suffirait plus à satisfaire les besoins aux niveaux actuels. Les régions importatrices nettes comme l'Union européenne seraient plus particulièrement touchées", expliquent l'INRA et le CNRS.

Mais au-delà de la remise en question de la diversité alimentaire, quels en seraient les conséquences sur nos organismes ?



La mortalité humaine mondiale pourrait augmenter de près de 3%

D’après une étude menée par l’américain Samuel Myers (Harvard School of Public Health), la raréfaction des fruits et légumes engendrerait des carences notables en vitamines A et B9 (acide folique), vitales pour les enfants et les femmes enceintes, et dont les taux anormalement bas peuvent provoquer cécité et malformations du système nerveux.

De plus, une augmentation des maladies non transmissibles (accidents vasculaires cérébraux, maladies cardiovasculaires, cancers) pourrait être causée par une sous-consommation de fruits, légumes, graines et noix.d'

La conjonction de ces facteurs serait alors à l’origine de 1,4 million de morts supplémentaires par an. L’équivalent des populations de Lyon et Marseille réunies.

Bien sûr nous parlons ici de liens directs entre la mortalité des abeilles et celle des hommes, via la chute de notre diversité alimentaire. Mais la disparition des pollinisateurs impacterait l'humanité bien au-delà de ces 3%. Comme l'aurait dit Albert Einstein "Si l'abeille venait à disparaître, il ne resterait à l'Homme que 4 années à vivre" (si nos bêtes n'avaient plus de fourrages pour se nourrir, nous n'aurions plus de laitages ou de viande non plus...).

Jusqu'à présent les impacts du syndrome de CCD se quantifiaient en euros, en pourcentages savants, mais pas en nombre de morts. De nouveaux chiffres qui devraient mettre en perspective l'interdiction des molécules incriminées. 



Sylvia Caron


sources : www.inra.frwww.sciencesetavenir.frwww.vedura.frwww.fondation-nicolas-hulot.org